Aller au contenu
Tribune partenaire

La Banque du Congo change de cap et relève ses taux pour lutter contre l'inflation

19 octobre 2026

La Banque centrale du Congo (BCC) a brutalement relevé son taux directeur de 225 points de base à 12% lors d'une réunion monétaire d'urgence tenue le 14 octobre 2026. L'institut d'émission a invoqué des risques inflationnistes croissants, alimentés par un dollar américain en hausse, des prix du carburant élevés et une accélération de la fuite des capitaux comme catalyseurs de ce durcissement monétaire.

Lors d'une réunion extraordinaire de son Comité de politique monétaire, les responsables de la BCC ont voté pour porter son taux clé de 9,75% à 12%, marquant ainsi la plus forte hausse depuis août 2023 lorsque les autorités avaient relevé les taux pour juguler une inflation galopante et la pression sur le franc congolais. Les responsables ont annoncé cette décision le 15 octobre 2026, précisant que cette augmentation visait à ancrer les anticipations inflationnistes et à contrer la dynamique haussière des prix.

Cette hausse de 2,25 points a été décidée alors que la BCC fait face à plusieurs défis économiques, notamment un dollar américain fort, la hausse des prix mondiaux de l'énergie et une accélération des sorties de capitaux. Les pressions à la baisse sur le franc congolais se sont intensifiées, la monnaie ayant perdu 4,4% face au dollar depuis le début de 2026. Cette faiblesse monétaire, résultat d'un déficit commercial qui se creuse et de la baisse des prix des matières premières, alimente désormais l'inflation.

Cette décision de la BCC intervient alors que le pays aurait enregistré près de 200 millions de dollars de fuite de capitaux cette année. Cette sortie rapide suggère que les investisseurs se retirent du pays en raison de la volatilité économique et des incertitudes réglementaires.

Les économistes avertissent que cette mesure pourrait freiner la croissance économique domestique, compte tenu de la dépendance du pays au crédit. La banque centrale affirme que cette action vise à stabiliser le franc. La communauté internationale suit la situation de près, étant donné les risques pour la croissance mondiale posés par la situation économique du pays. Cependant, les prêteurs mettent en garde contre des craintes de rationnement du crédit qui pourraient réduire les prêts aux entreprises et aux consommateurs, freinant potentiellement la croissance.

La banque était pourtant dans un cycle d'assouplissement pendant la majeure partie de 2026, ayant abaissé trois fois ses taux, la dernière remontant au 17 juillet 2026 où elle avait réduit le coût des emprunts de 10% à 9,75%. Cet assouplissement faisait suite à un cycle de hausse ayant permis de juguler une inflation à 25% en août 2023, lorsque le franc subissait de fortes pressions et qu'une inflation élevée menaçait la stabilité sociale. Les autorités avaient progressivement réduit les coûts d'emprunt les mois suivants, ramenant le taux officiel à 15% mi-2025, puis à 11% en janvier 2026.

Par ailleurs, face aux incertitudes concernant la supervision du marché des billets, la Banque centrale envisage de prendre directement le contrôle des importations de devises. Les décideurs étudient un projet qui donnerait à la BCC le pouvoir de réguler les importations supérieures à 300 dollars ou des montants équivalents en monnaie locale.